(LETTRE D’AFRIQUE) Le projet de lithium de Bougouni franchit une nouvelle étape dans sa montée en puissance. Porté par le groupe britannique Kodal Minerals, le complexe minier affiche des résultats financiers et opérationnels encourageants au premier semestre 2026, malgré des contraintes techniques qui continuent de peser sur les volumes de production.
La mine de lithium de Bougouni confirme progressivement son importance dans le paysage minier malien. Après son entrée en production commerciale en 2025, le projet exploité par Kodal Minerals affiche désormais des indicateurs financiers positifs, tout en poursuivant ses efforts pour accroître ses capacités de production et de valorisation du minerai.

Au premier semestre 2026, Kodal Minerals a enregistré un bénéfice de 3,5 millions de livres sterling, soit environ 4,6 millions de dollars et 2,687 milliards de FCFA, contre une perte de 3,66 millions de livres sterling sur la même période de l’année précédente.
Ce retournement constitue l’un des principaux indicateurs de la progression du projet. Il intervient alors que le complexe minier a poursuivi son exploitation commerciale et commencé à générer des flux financiers permettant notamment de réduire son exposition à l’endettement.
La situation financière du projet s’est également améliorée avec le remboursement intégral du financement accordé par Hainan Mining, partenaire chinois de Kodal. Le remboursement, réalisé progressivement, a atteint 33 millions de dollars, dont un premier versement de 13 millions de dollars. À la fin du mois de juin, la trésorerie de la société s’établissait à 13,4 millions de livres sterling, renforçant ainsi ses marges de manœuvre pour poursuivre ses investissements.
Sur le plan opérationnel, le complexe de Bougouni a produit 53 195 tonnes de concentré de spodumène, avec une teneur moyenne de 5,34 % d’oxyde de lithium. Les expéditions vers la Chine se sont également intensifiées. La troisième cargaison, d’environ 20 400 tonnes, a été acheminée vers Hainan à la fin du mois de juin.
Ces exportations confortent la place de la Chine comme débouché majeur pour le concentré produit à Bougouni et permettent au projet de s’inscrire directement dans la chaîne internationale d’approvisionnement du lithium.
Malgré ces performances, la montée en puissance de la mine reste confrontée à plusieurs difficultés techniques. Des problèmes persistants au niveau du circuit de concassage, associés à des contraintes concernant la disponibilité des équipements miniers, ont affecté les volumes de production.
Kodal Minerals a entrepris de renforcer ses moyens matériels afin de remédier à ces difficultés et de retrouver un rythme d’exploitation plus régulier. L’objectif est de stabiliser la production et d’améliorer progressivement l’efficacité opérationnelle du complexe.

L’entreprise prépare par ailleurs une nouvelle étape avec un projet de deuxième phase de traitement par flottation. Cette technologie devrait permettre d’améliorer la valorisation des ressources provenant notamment de Boumou et Sogola-Baoulé, deux zones considérées comme stratégiques pour le développement futur du projet. Cette évolution pourrait contribuer à accroître l’efficacité de récupération du lithium et à renforcer la capacité du complexe à valoriser ses ressources.
Le développement de Bougouni revêt également une dimension stratégique pour le Mali. Après des décennies de forte dépendance à l’exploitation aurifère, le pays voit progressivement émerger une nouvelle génération de projets consacrés à des minerais considérés comme stratégiques pour la transition énergétique.
Entré en production commerciale en 2025, Bougouni est présenté comme le deuxième projet de lithium exploité industriellement au Mali après Goulamina. L’essor de cette filière intervient dans un contexte international marqué par une demande soutenue en lithium, notamment pour la fabrication des batteries et le développement des véhicules électriques et des technologies liées aux énergies renouvelables.
Au-delà des performances financières de Kodal Minerals, le projet de Bougouni illustre donc la volonté de diversifier la base minière malienne et de positionner le pays sur des ressources appelées à jouer un rôle important dans les transformations industrielles mondiales.
La prochaine étape sera déterminante : stabiliser la production, résoudre les contraintes techniques et réussir la montée en puissance de la deuxième phase de traitement. Si ces objectifs sont atteints, Bougouni pourrait consolider durablement sa place dans le secteur minier malien et contribuer davantage aux ambitions de diversification économique et de valorisation des ressources stratégiques du pays.
A.K.



