mercredi, 28 octobre, 2026

RUSSIE–AFRIQUE: AU KREMLIN, ASSIMI GOÏTA ET POUTINE SCELLENT LEUR AXE STRATÉGIQUE

(LETTRE D’AFRIQUE ) Reçu au Kremlin par le président russe Vladimir Poutine, le chef de l’État malien, le général d’armée Assimi Goïta, a pris part, le mercredi 28 octobre 2026, à la réception officielle organisée en l’honneur des participants au troisième Sommet Russie-Afrique. Au-delà du symbole diplomatique, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de rapprochement dont les enjeux pour le Mali sont à la fois sécuritaires, économiques et géopolitiques.

Le Kremlin a servi de cadre à une nouvelle illustration du rapprochement entre Moscou et les capitales africaines. Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, y a accueilli les chefs de délégation participant au troisième Sommet Russie-Afrique, parmi lesquels le président de la Transition du Mali, le général d’armée Assimi Goïta.

La réception, ouverte par une poignée de main entre les deux dirigeants, s’est achevée par un dîner officiel réunissant les participants à ce rendez-vous triennal. Mais au-delà du protocole, cette séquence diplomatique traduit la volonté affichée par la Russie de consolider ses relations avec le continent africain dans un contexte international marqué par les recompositions géopolitiques et la concurrence entre puissances.

Dans son allocution, Vladimir Poutine a salué la présence de dirigeants africains et de responsables des principales organisations d’intégration du continent. Il y a vu le signe d’une volonté partagée d’approfondir les relations russo-africaines dans les domaines politique, économique, sécuritaire, culturel et humanitaire.

Moscou mise sur l’histoire pour consolider son influence en Afrique

Pour donner une profondeur historique à ce rapprochement, le président russe a rappelé le soutien de l’Union soviétique aux peuples africains dans leurs luttes pour l’indépendance, ainsi que sa contribution à la construction d’infrastructures industrielles, routières, scolaires et sanitaires.

Il a également évoqué la formation de centaines de milliers d’Africains en Union soviétique puis en Russie, un héritage que Moscou entend prolonger. L’éducation, la formation professionnelle et le transfert de compétences constituent en effet des domaines susceptibles de donner une dimension durable à la coopération, au-delà des seules relations politiques.

Cette référence à l’histoire répond aussi à un objectif diplomatique : inscrire les relations actuelles dans une mémoire de solidarité et présenter la Russie comme un partenaire disposant d’une expérience ancienne sur le continent.

ASSIMI GOITA ET POUTINE

Toutefois, la portée de cet héritage se mesurera surtout à la capacité des partenariats contemporains à produire des résultats concrets. Les besoins africains en infrastructures, en industrialisation, en formation, en technologies et en financement appellent des engagements opérationnels, des investissements soutenables et des mécanismes de suivi transparents.

Un discours commun sur la souveraineté et le monde multipolaire

Autre axe central du discours de Vladimir Poutine : la construction d’un ordre mondial qu’il souhaite plus juste et multipolaire, fondé sur l’égalité souveraine des États et le respect de leurs valeurs.

Cette orientation rejoint les aspirations exprimées par plusieurs gouvernements africains en faveur d’une plus grande autonomie dans leurs choix diplomatiques, économiques et sécuritaires. Pour les États qui cherchent à diversifier leurs partenariats, le rapprochement avec Moscou peut représenter un moyen d’élargir leurs marges de manœuvre sur la scène internationale.

Le président russe a par ailleurs réaffirmé la disponibilité de son pays à coopérer avec l’Afrique dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, mais aussi face aux épidémies et à l’insécurité alimentaire.

Cette approche élargit le champ du partenariat au-delà des questions militaires. Elle rappelle que la stabilité des États africains dépend également de leur capacité à répondre aux défis sociaux, sanitaires et économiques. Pour produire des effets durables, la coopération devra ainsi associer les réponses sécuritaires au développement des services publics, à la création d’activités économiques et au renforcement des capacités nationales.

Mali–Russie : de la proximité politique aux résultats attendus

La participation d’Assimi Goïta à cette réception s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique entre Bamako et Moscou, consolidé lors de la visite d’État du dirigeant malien en Russie en juin 2025.

Pour les autorités maliennes, cette relation constitue un levier potentiel au service de la souveraineté nationale, de la sécurité et du développement. Elle s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenaires, alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires persistants et à d’importants besoins de financement et d’équipement.

L’enjeu consiste désormais à traduire cette proximité politique en bénéfices mesurables pour l’économie et la population. Dans le domaine économique, les perspectives peuvent notamment concerner les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, la formation et les échanges commerciaux. Mais la concrétisation de ces possibilités dépendra de la signature et de l’exécution de projets précis, de leurs modalités de financement ainsi que de leur contribution à la création de valeur locale.

La diversification des partenariats ne garantit pas, à elle seule, l’autonomie économique. Celle-ci suppose également une capacité nationale de négociation, une évaluation rigoureuse des coûts et des avantages des accords, ainsi qu’une transparence suffisante pour apprécier les résultats obtenus.

Sur le plan sécuritaire, le partenariat doit également être apprécié à l’aune de son efficacité opérationnelle et de sa contribution à la protection des populations. La coopération entre États ne prend pleinement son sens que lorsqu’elle se traduit par une amélioration durable de la situation sur le terrain.

Le défi de la coopération concrète

En citant un proverbe africain — « Quand les racines sont profondes, il n’y a aucune raison de craindre le vent » — Vladimir Poutine a voulu souligner la continuité des relations entre la Russie et l’Afrique malgré les changements de l’environnement international.

La réception au Kremlin confirme ainsi la volonté politique de maintenir un dialogue de haut niveau et de renforcer les liens entre Moscou et les capitales africaines. Elle constitue cependant une séquence diplomatique, et non, en elle-même, la preuve de nouveaux engagements économiques ou financiers.

Pour le Mali comme pour ses partenaires africains, le véritable indicateur de réussite sera la capacité à transformer les déclarations d’intention en programmes concrets, assortis de calendriers, de financements identifiés et d’objectifs évaluables.

La soirée s’est achevée par un toast de Vladimir Poutine à la paix, à la prospérité des peuples et à la poursuite d’une coopération de grande ampleur entre la Russie et l’Afrique.

Au-delà des symboles et des références historiques, l’avenir du partenariat russo-africain se jouera donc sur un critère essentiel : sa capacité à produire des résultats tangibles, à renforcer les capacités des États africains et à contribuer durablement au bien-être de leurs populations. Pour Bamako, l’enjeu sera de faire de la relation avec Moscou un instrument efficace de souveraineté, de sécurité et de transformation économique.

Seyni T. KASSAMBARA

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