vendredi, 30 octobre, 2026

SOMMET RUSSIE-AFRIQUE: ASSIMI GOÏTA POSE LES BASES D’UN PARTENARIAT STRATÉGIQUE DE L’INDUSTRIALISATION DU MALI

(LETTRE D’AFRIQUE) À Moscou, le président de la Transition malienne plaide pour une coopération fondée sur le respect mutuel, le transfert de technologies et la valorisation des ressources africaines.

Le président de la Transition, chef de l’État, le Général d’Armée Assimi Goïta, a pris part, jeudi 29 octobre 2026, au Grand Palais du Kremlin, à Moscou, à la première séance plénière du troisième Sommet du Forum de partenariat Russie-Afrique. À cette tribune diplomatique de premier plan, le dirigeant malien a réaffirmé les principes qui structurent la vision de Bamako en matière de relations internationales : souveraineté des États, égalité entre les nations, non-ingérence et coopération mutuellement avantageuse.

Au-delà de la réaffirmation des principes diplomatiques, l’intervention du chef de l’État met en lumière les ambitions économiques du Mali et sa volonté de faire évoluer ses partenariats extérieurs vers des résultats concrets en matière de sécurité, d’industrialisation et de développement.

Un plaidoyer pour une Afrique maîtresse de ses choix

Dans un contexte international marqué par la recomposition des rapports de force et la montée en puissance de nouvelles dynamiques géopolitiques, Assimi Goïta a souligné la nécessité de permettre à l’Afrique de prendre pleinement sa place dans la gouvernance mondiale.

Pour Bamako, cette ambition suppose que les États africains puissent définir librement leurs priorités, défendre leurs intérêts stratégiques et diversifier leurs partenaires sans subir de pressions extérieures. Le principe de souveraineté devient ainsi un cadre de référence pour repenser les relations politiques, diplomatiques et économiques du continent.

Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large de promouvoir un ordre international multipolaire, dans lequel les partenariats reposeraient davantage sur la réciprocité et la prise en compte des intérêts de chaque partie.

Toutefois, la portée de cette ambition dépendra aussi de la capacité des États africains à transformer leur poids démographique, leurs ressources naturelles et leur potentiel économique en leviers durables d’influence.

Russie-Mali : dépasser la coopération sécuritaire

Le partenariat entre Moscou et Bamako occupe une place importante dans le discours présidentiel. Le Général d’Armée Assimi Goïta a évoqué les avancées et les perspectives de coopération dans plusieurs secteurs, notamment la défense, la sécurité alimentaire, l’énergie, les mines et la formation.

Parmi les projets mis en avant figure la centrale solaire de Sanankoroba, qui illustre les perspectives de coopération dans le domaine énergétique. Les projets industriels, les échanges universitaires et la formation technique témoignent également de la volonté malienne d’élargir les relations bilatérales au-delà de leur dimension sécuritaire.

L’enjeu est désormais de consolider cette coopération par des réalisations capables de produire des effets mesurables sur l’économie nationale. Le transfert de technologies, le développement des compétences locales et la création de valeur ajoutée constituent, à cet égard, des priorités déterminantes.

Pour le Mali, la diversification sectorielle du partenariat russo-malien représente une opportunité de soutenir sa transformation économique. Mais cette ambition implique des investissements effectifs, des mécanismes de financement adaptés, un calendrier d’exécution crédible et une évaluation régulière des résultats obtenus.

« Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » : la souveraineté comme levier de développement

Le chef de l’État a également inscrit son intervention dans le cadre de la vision nationale « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma ». Celle-ci place au centre de l’action publique la souveraineté, la bonne gouvernance, la transformation locale des ressources naturelles, l’autonomie énergétique et le développement du capital humain.

Cette orientation traduit une volonté de faire évoluer le modèle économique malien vers une plus grande maîtrise nationale des secteurs stratégiques. La transformation locale des matières premières apparaît notamment comme un enjeu majeur pour accroître la valeur ajoutée produite sur le territoire, stimuler l’emploi et renforcer les recettes publiques.

Dans cette perspective, la coopération internationale est appelée à contribuer non seulement à l’exploitation des ressources, mais aussi à la structuration d’activités industrielles, au développement des infrastructures et à l’acquisition de savoir-faire.

La souveraineté économique ne se mesure donc pas uniquement à la liberté de choisir ses partenaires. Elle se mesure également à la capacité de produire, de transformer, de financer et de maîtriser les technologies indispensables au développement.

L’AES, un cadre de coopération régionale

Le président de la Transition a par ailleurs mis en avant le rôle de la Confédération des États du Sahel (AES), réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ses trois axes de coopération — Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement — traduisent la volonté des États membres de coordonner leurs réponses aux défis communs.

Dans un environnement régional confronté à des enjeux sécuritaires, économiques et institutionnels complexes, cette concertation vise à renforcer les capacités collectives et à consolider une dynamique d’intégration fondée sur les priorités définies par les trois pays.

La diplomatie de l’AES s’inscrit ainsi dans une recherche de partenariats susceptibles de soutenir les ambitions de sécurité et de développement de la Confédération. Sa crédibilité dépendra toutefois de sa capacité à produire des résultats tangibles pour les populations, notamment en matière de sécurité, de mobilité, d’infrastructures et d’opportunités économiques.

Financements, droits humains et valorisation des ressources

Au cours de son intervention, Assimi Goïta a également plaidé pour le renforcement de mécanismes financiers indépendants, la promotion d’une défense africaine souveraine et l’accélération de la transformation locale des ressources stratégiques. Il a, en outre, appelé à préserver les droits humains de toute instrumentalisation politique.

Ces orientations renvoient à des enjeux étroitement liés. La mobilisation de financements adaptés demeure essentielle pour soutenir les infrastructures, l’industrialisation et les investissements productifs. Parallèlement, la valorisation locale des ressources minières et énergétiques constitue un moyen potentiel d’accroître les retombées économiques nationales.

Pour produire ces effets, les partenariats devront toutefois s’accompagner de conditions transparentes, d’une gouvernance rigoureuse et d’une répartition des bénéfices compatible avec les objectifs de développement.

Le Sahel, souvent abordé sous le seul prisme des crises sécuritaires, dispose également d’un potentiel humain, économique et culturel important. Sa transformation en espace de prospérité dépendra notamment de la capacité des États à convertir ces atouts en emplois, en infrastructures et en services accessibles aux populations.

Moscou, une étape dans la diplomatie de diversification

La participation du président malien au sommet de Moscou s’inscrit dans la stratégie de diversification des partenariats défendue par les autorités de la Transition. Elle témoigne de leur volonté de consolider les relations avec la Russie tout en faisant de la coopération internationale un instrument de souveraineté et de transformation économique.

Le principal enjeu est désormais de traduire les engagements politiques en résultats concrets. Au-delà des déclarations de principe, la solidité du partenariat Russie-Mali se mesurera à sa capacité à contribuer durablement à la sécurité, à l’accès à l’énergie, à la formation, au transfert de compétences et à l’industrialisation du pays.

À Moscou, Bamako a ainsi réaffirmé une orientation diplomatique claire : rechercher des partenariats fondés sur la réciprocité et le respect des choix nationaux. Reste à faire de cette ambition un levier effectif de développement, au bénéfice du Mali et, plus largement, des peuples africains.

Seyni T. KASSAMBARA

MAG LETTRE D’AFRIQUE N°027

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