(LETTRE D’AFRIQUE) Sommet Russie-Afrique: deux accords stratégiques avec ZarubezhGeologia pour renforcer la connaissance du potentiel minier malien et soutenir la souveraineté sur les ressources naturelles.
Le Mali franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son secteur minier. En marge du troisième Sommet Russie-Afrique, tenu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, le ministre des Mines, le professeur Amadou Keïta, a signé, le 28 octobre, deux accords avec la société russe ZarubezhGeologia. Ces engagements portent sur la réalisation d’une cartographie géologique nationale à l’échelle de 1/200 000 et la mise en place d’un système national d’information géologique.

Au-delà de leur dimension technique, ces accords s’inscrivent dans une ambition stratégique : améliorer la connaissance du sous-sol malien, mieux orienter les travaux de recherche minière et renforcer les capacités nationales de gestion des données géoscientifiques. Ils interviennent dans un contexte où les autorités de la Transition entendent accroître la maîtrise de l’État sur les ressources naturelles et optimiser les retombées économiques de leur exploitation.
Cartographier le sous-sol pour mieux orienter les investissements
La première convention concerne la réalisation d’une cartographie géologique et minière à l’échelle de 1/200 000. L’objectif est de disposer d’une représentation plus précise des caractéristiques géologiques du territoire afin d’identifier les zones présentant un intérêt potentiel pour la recherche et l’exploration des ressources minérales.
Selon le ministre des Mines, cette cartographie permettra notamment de délimiter des « zones de promotion », susceptibles d’accueillir des travaux de prospection ou de susciter l’intérêt des investisseurs.
« Le premier contrat est relatif à la mise en place d’une cartographie minière à l’échelle de 1/200 000. Cela nous permettra de connaître les zones essentielles de notre pays et surtout d’établir ce que nous appelons les zones de promotion », a expliqué le professeur Amadou Keïta.
L’enjeu dépasse ainsi la seule production de documents scientifiques. Une meilleure connaissance du potentiel géologique peut contribuer à orienter les politiques publiques, à cibler les travaux d’exploration et à améliorer la qualité des informations mises à la disposition des opérateurs miniers.
Pour le Mali, dont le secteur extractif occupe une place importante dans l’économie nationale, la maîtrise de ces données constitue un levier potentiel pour mieux organiser la valorisation du patrimoine minéral et éclairer les décisions relatives à l’exploitation du sous-sol.
Il convient toutefois de distinguer le potentiel géologique identifié des ressources effectivement démontrées et des réserves économiquement exploitables. La cartographie constitue une étape fondamentale de connaissance et de prospection, mais elle ne garantit pas, à elle seule, la découverte de nouveaux gisements rentables.
Un système national d’information géologique pour centraliser les données
Le deuxième accord porte sur la création d’un système national d’information géologique destiné à centraliser, organiser et faciliter l’exploitation des connaissances disponibles sur le sous-sol malien.
Le dispositif annoncé comprend deux composantes : un sous-système de stockage des données spatiales et un autre consacré à leur visualisation et à leur analyse. L’objectif est de rendre les informations géologiques plus accessibles aux services techniques compétents et d’en améliorer les conditions de conservation et d’utilisation.
« Nous avons besoin d’une base de données sur toutes les connaissances que nous possédons concernant le sous-sol », a souligné le ministre des Mines.
La mise en place d’un tel outil pourrait contribuer à réduire la dispersion des données, à faciliter leur croisement et à renforcer la continuité des travaux de recherche. Elle pourrait également améliorer la disponibilité des informations nécessaires à l’évaluation du potentiel minier et à la préparation des projets d’investissement.

Cette démarche s’accompagne d’un effort de renforcement des compétences nationales. Des agents de la Direction nationale de la géologie et des mines ont ainsi suivi une formation aux techniques modernes d’interprétation des images satellitaires appliquées à la géologie.
L’articulation entre les outils numériques, les données géoscientifiques et la formation des agents constitue un enjeu essentiel : la modernisation du secteur ne dépend pas uniquement de l’acquisition de technologies, mais aussi de la capacité des institutions nationales à les exploiter et à en assurer durablement la gestion.
Code minier de 2023 : renforcer la participation nationale
En marge des signatures, le professeur Amadou Keïta a animé un panel consacré aux réformes minières engagées par les autorités de la Transition, notamment le Code minier de 2023 et les dispositions relatives au contenu local.
Le ministre a rappelé les mécanismes de participation au capital des projets miniers, évoquant une participation de l’État portée à 30 % et une part de 5 % destinée aux investisseurs locaux.
Ces dispositions s’inscrivent dans une volonté de renforcer la participation nationale à la gouvernance du secteur extractif et d’accroître les retombées de l’exploitation minière pour l’économie malienne.
La question du contenu local revêt, à cet égard, une importance particulière. Au-delà de la participation au capital, les bénéfices économiques dépendent également de la place accordée aux entreprises nationales dans les chaînes de sous-traitance, à l’emploi local, à la formation professionnelle et au transfert de compétences.
L’objectif affiché est de faire du secteur minier un moteur de création de valeur au Mali, plutôt qu’un espace limité à l’extraction et à l’exportation de matières premières.
Partenariat russe : concilier souveraineté et sécurité des investissements
Le renforcement de la coopération avec la Russie constitue un autre volet des échanges de Moscou. Le ministre des Mines a réaffirmé la volonté du Mali de défendre les intérêts de l’État et des populations tout en respectant les engagements pris envers ses partenaires économiques.
Il a notamment évoqué la présence d’investisseurs russes, dont Rosatom, associé à un projet relatif au lithium. Selon les éléments communiqués, les autorités entendent maintenir un cadre de coopération permettant de concilier la valorisation des ressources nationales et la sécurisation des investissements.
Cette orientation traduit un double objectif : préserver la capacité de l’État à définir les conditions d’exploitation de ses ressources et offrir aux opérateurs économiques une visibilité suffisante pour engager leurs investissements.
Dans un secteur caractérisé par des projets à forte intensité capitalistique et des cycles de développement souvent longs, la stabilité des règles, la transparence des procédures et le respect des engagements contractuels constituent des facteurs déterminants.
La souveraineté minière ne se résume donc pas au contrôle des ressources naturelles. Elle suppose également des institutions capables de négocier les partenariats, de suivre les opérations, de maîtriser l’information technique et de veiller à une répartition appropriée des retombées économiques.
De la connaissance géologique à la valorisation du potentiel minier
Les deux accords signés avec ZarubezhGeologia ouvrent des perspectives pour la modernisation des instruments de connaissance et de gestion du sous-sol malien. Leur portée dépendra toutefois des modalités concrètes de mise en œuvre, de la qualité des données produites, de leur appropriation par les services nationaux et de la pérennité du système d’information.
Les échéances, les coûts, le calendrier d’exécution et les modalités de transfert de compétences n’étant pas précisés dans les éléments présentés, ces paramètres seront déterminants pour apprécier les résultats effectifs de cette coopération.
Pour le Mali, l’enjeu est désormais de transformer la connaissance géologique en un véritable outil de décision économique et de souveraineté minière. En associant cartographie, numérisation des données et renforcement des compétences, les autorités entendent mieux préparer l’exploration des ressources et consolider la gouvernance du secteur extractif.
La réussite de cette démarche se mesurera à sa capacité à produire une connaissance fiable et durable du sous-sol, à améliorer la transparence de l’information minière et à favoriser une valorisation des ressources qui bénéficie davantage à l’économie nationale et aux populations.
Seyni T. KASSAMBARA






