vendredi, 2 octobre, 2026

À l’ONU, le Mali revendique une diplomatie de souveraineté et plaide pour un nouvel ordre international

(LETTRE D’AFRIQUE) À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a livré à New York, le 28 septembre 2026, un discours qui dessine les contours d’une diplomatie malienne résolument articulée autour de la souveraineté, de la diversification des partenariats et d’une réforme du système multilatéral. Plus qu’un bilan de politique extérieure, son intervention apparaît comme une véritable déclaration de doctrine diplomatique.

La souveraineté comme ligne directrice

Dès les premières séquences de son intervention, le chef de la diplomatie malienne rattache la position de Bamako aux principes fondateurs de la Charte des Nations Unies : égalité souveraine des États, intégrité territoriale, non-ingérence et règlement pacifique des différends.

Le message est explicite : pour le Mali, la restauration de la confiance dans le système international passe d’abord par une application cohérente du droit international. Abdoulaye Diop dénonce à cet égard ce qu’il considère comme une application sélective des règles internationales, ainsi que la politique du « deux poids, deux mesures ».

Cette lecture constitue le socle du discours. Bamako présente la souveraineté non seulement comme un principe juridique, mais comme une condition politique indispensable à la stabilité et au développement.

Une critique assumée de l’ordre international

Le discours adopte ensuite un ton plus offensif à l’égard du fonctionnement actuel du système international. Le ministre estime que les violations du droit international, les politiques d’hégémonie et le recours à la force ont contribué à éroder la confiance des populations dans les institutions internationales.

Cette critique s’inscrit dans une vision plus large d’un ordre mondial en transformation. Pour Bamako, le monde serait engagé dans une transition vers un environnement multipolaire dans lequel les États africains doivent pouvoir défendre leurs intérêts et participer davantage aux décisions internationales.

Le Mali ne se positionne toutefois pas en faveur d’une rupture avec le multilatéralisme. Au contraire, le discours réclame un multilatéralisme réformé et plus représentatif, notamment à travers une meilleure représentation de l’Afrique dans les instances internationales.

Le Sahel au cœur de la doctrine sécuritaire

La question sécuritaire occupe une place centrale dans l’intervention. Le Mali établit un lien direct entre la situation actuelle du Sahel et les conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye en 2011. Le ministre présente cette intervention comme un facteur majeur de déstabilisation régionale et de propagation du terrorisme.

Le discours s’inscrit également dans une dénonciation des soutiens extérieurs présumés aux groupes armés opérant dans la région. Le Mali affirme notamment que le terrorisme constitue désormais une menace multidimensionnelle, à la fois militaire, économique et médiatique.

Cette lecture conduit naturellement à la défense de l’approche privilégiée par les pays de l’Alliance des États du Sahel. La création et l’action de la Confédération des États du Sahel sont présentées comme une réponse collective visant à reprendre l’initiative sécuritaire et politique.

L’AES, instrument de l’autonomie stratégique

L’AES occupe une place particulière dans cette architecture diplomatique. Le Mali affirme sa volonté de poursuivre et d’intensifier la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, notamment dans la lutte contre le terrorisme.

Mais le discours va au-delà de la seule dimension militaire. L’objectif affiché est celui d’une autonomie stratégique, englobant la sécurité, l’économie et le développement.

Le ministre insiste ainsi sur une ouverture à tous les partenaires, à condition que ceux-ci respectent la souveraineté, l’intégrité territoriale et les choix stratégiques des États membres de l’AES. « Diversification des partenariats » et « respect mutuel » deviennent ainsi deux concepts clés de la nouvelle orientation diplomatique malienne.

De la souveraineté politique à la souveraineté économique

L’un des apports majeurs du discours réside dans l’élargissement de la notion de souveraineté. Celle-ci ne se limite plus à la défense du territoire.

Abdoulaye Diop la relie directement à la maîtrise des choix économiques, au contrôle et à la valorisation des ressources naturelles, au développement d’une économie productive et à la création d’opportunités pour la jeunesse.

Cette approche traduit une évolution importante de la doctrine gouvernementale : la souveraineté militaire doit être accompagnée d’une souveraineté économique.

Le rejet d’une dépendance excessive à l’aide extérieure constitue l’un des passages les plus marquants du discours. Le Mali affirme vouloir renforcer la mobilisation de ses ressources internes et rechercher de nouveaux mécanismes de financement, tout en maintenant la porte ouverte aux partenaires disposés à coopérer dans le respect des choix nationaux.

La diplomatie économique et les ressources naturelles

Le discours établit ainsi un lien direct entre politique extérieure et transformation économique. La valorisation des ressources naturelles, la transformation locale et le développement des capacités nationales sont présentés comme des leviers de l’autonomie stratégique.

Cette orientation permet de comprendre la diplomatie malienne non plus uniquement comme un instrument de représentation internationale, mais comme un outil destiné à attirer des partenariats compatibles avec les priorités nationales.

Le message adressé aux partenaires est donc double : le Mali reste ouvert à la coopération, mais entend désormais définir lui-même les conditions et les orientations de ses partenariats.

Palestine, climat et nouvelles technologies : une diplomatie élargie

Le discours ne se limite pas aux questions sécuritaires et géopolitiques. Bamako affirme également son soutien au peuple palestinien et appelle à une résolution durable des conflits sur le continent africain.

Les enjeux climatiques occupent également une place importante, avec un plaidoyer en faveur de l’accès aux financements climatiques, des technologies adaptées aux réalités sahéliennes et d’une meilleure articulation entre désertification, sécurité alimentaire, gestion de l’eau et prévention des conflits.

Autre marqueur de cette diplomatie : la souveraineté numérique. Le Mali considère désormais l’intelligence artificielle, la recherche, l’innovation et les infrastructures technologiques comme des composantes de sa souveraineté nationale. La création du Centre d’intelligence artificielle et de robotique est présentée dans ce cadre comme un outil de cette ambition.

Migration : Bamako défend une approche fondée sur la mobilité

Sur la migration internationale, le Mali adopte une position qui met l’accent sur la contribution positive des mouvements de population. Se présentant comme pays d’origine, de transit et d’accueil, Bamako appelle au respect des droits des migrants et considère la mobilité humaine comme une richesse, tout en reconnaissant la nécessité d’en gérer certains aspects.

Cette position permet au Mali de replacer la question migratoire dans une perspective de coopération internationale plutôt que dans une approche exclusivement sécuritaire.

Réformer l’ONU pour restaurer la confiance

En conclusion, le discours revient à son point de départ : la crise de confiance qui affecte le système multilatéral.

Le Mali appelle à une Organisation des Nations Unies « réformée », voire « refondée », plus représentative et davantage au service de l’ensemble des peuples. La revendication d’une meilleure représentation de l’Afrique dans les instances où sont prises les décisions internationales constitue l’un des principaux messages adressés à la communauté internationale.

Une doctrine diplomatique désormais clairement assumée

Au-delà de la succession des thèmes abordés, le discours d’Abdoulaye Diop présente une cohérence stratégique : souveraineté, autonomie stratégique, diversification des partenariats, intégration sahélienne et réforme du multilatéralisme constituent les principaux piliers de la vision diplomatique défendue par Bamako.

À New York, le Mali ne s’est donc pas contenté de dresser un état des lieux de sa politique extérieure. Il a réaffirmé une ambition : participer à la recomposition de l’ordre international en défendant une Afrique davantage maîtresse de ses choix, de ses ressources et de ses partenariats.

Le message final est celui d’une coopération ouverte, mais fondée sur l’égalité et le respect de la souveraineté. Une posture qui traduit la volonté de Bamako de passer d’une diplomatie principalement réactive à une diplomatie davantage stratégique, articulée autour de l’autonomie et de la défense des intérêts nationaux et africains.

Seyni T. Kassambara

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