(LETTRE D’AFRIQUE) Mali, la campagne du Hadj 2026 est officiellement entrée dans sa phase opérationnelle avec l’arrivée des premiers contingents maliens à Médine. Entre innovations organisationnelles, digitalisation des procédures, renforcement des mesures de sécurité et amélioration de l’encadrement des pèlerins, les autorités maliennes affichent leur volonté de faire de cette édition un pèlerinage mieux structuré et plus fluide.
Invité de l’émission L’Invité de la Semaine sur l’ORTM, le Directeur Général de la Maison du Hadj, Dr Abdoul Fatah Cissé, a dressé un état des lieux détaillé des préparatifs et des avancées enregistrées dans le cadre du Hadj 2026.

Selon Dr Abdoul Fatah Cissé, la campagne du Hadj 2026 a été lancée dès le 14 juillet 2025, soit quelques semaines seulement après le retour des pèlerins du Hadj précédent. Une anticipation rendue nécessaire par les nouvelles exigences des autorités saoudiennes, notamment en matière d’inscription, de contrats et de délivrance des visas. « Nous avons respecté le chronogramme saoudien malgré les difficultés rencontrées. Aujourd’hui, près de 99 % des pèlerins maliens disposent déjà de leurs visas », a-t-il expliqué.
Le Mali compte cette année 13 323 pèlerins, répartis entre la filière gouvernementale avec 2 000 pèlerins et la filière privée avec 11 323 pèlerins.
À ce jour, neuf convois sont déjà arrivés à Médine, dont trois de la filière gouvernementale et six de la filière privée. Les opérations de départ devraient s’achever le 13 mai 2026.
Une intervention décisive des autorités pour sauver plus de 5 000 pèlerins
Le Directeur Général de la Maison du Hadj a également révélé qu’un problème majeur lié aux contrats d’hébergement menaçait la participation de 5 088 pèlerins maliens de la filière privée. En cause : le dépassement des délais fixés par les autorités saoudiennes pour la validation des contrats d’hébergement, entraînant la fermeture du système.
Face à cette situation, le ministre des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Dr Mahamadou Oumar Koné, avec l’appui du Gouvernement de Transition, s’est fortement impliqué pour obtenir une solution exceptionnelle. « Sans cette implication des autorités, plus de 5 000 pèlerins maliens risquaient de ne pas effectuer le Hadj cette année », a précisé Dr Cissé.
Grâce à cette médiation, les pèlerins concernés ont finalement obtenu leurs visas et ont commencé leur voyage vers les lieux saints.
Une commission nationale d’encadrement renforcée
Pour assurer un meilleur accompagnement des pèlerins, 133 délégués composent cette année la Commission nationale d’encadrement. Cette structure regroupe plusieurs commissions spécialisées chargées notamment: du transport; de l’hébergement; de la sécurité; de l’assistance religieuse; de l’accompagnement sanitaire; et de la logistique générale.

Selon Dr Cissé, cette organisation vise à assister les pèlerins à toutes les étapes du séjour, notamment à Médine, à la Mecque, à Mina, à Arafat et à Muzdalifah.
Une attention particulière est accordée aux personnes âgées, majoritaires parmi les pèlerins maliens.
EgyptAir et Ethiopian Airlines mobilisées pour le transport
La question du transport aérien a également occupé une place importante dans les préparatifs du Hadj 2026.
Le Directeur Général de la Maison du Hadj a reconnu que des difficultés étaient apparues avec une compagnie aérienne desservant les agences privées, en raison de la hausse mondiale du coût du carburant aérien. Cette situation avait entraîné une augmentation estimée à environ 300 dollars par pèlerin pour plus de 4 000 voyageurs.

Grâce aux interventions des autorités maliennes et aux discussions menées avec les responsables égyptiens, un accord a finalement été trouvé avec EgyptAir pour assurer le transport des pèlerins concernés.
Dr Cissé a également rendu hommage à Ethiopian Airlines pour sa constance et son accompagnement du Mali. « Même dans un contexte difficile, Ethiopian Airlines n’a jamais interrompu ses dessertes vers le Mali », a-t-il souligné.
Au total, treize vols sont programmés pour assurer l’acheminement des pèlerins maliens vers l’Arabie saoudite.
La carte Nusuk au cœur du dispositif sécuritaire
Parmi les grandes innovations de cette édition figure la généralisation de la carte Nusuk, devenue indispensable pour tout pèlerin. Cette carte électronique constitue désormais le principal document d’identification du pèlerin en Arabie saoudite. Elle conditionne l’accès: aux hôtels ; aux transports ; aux lieux saints ; ainsi qu’aux camps de Mina et d’Arafat.
Le Directeur Général de la Maison du Hadj a insisté sur la nécessité pour les pèlerins de préserver soigneusement cette carte ainsi que leurs documents administratifs. « Le Hadj aujourd’hui est entièrement lié aux documents administratifs. Perdre la carte Nusuk peut créer de grandes difficultés », a-t-il averti.
Une digitalisation progressive des opérations
La Maison du Hadj poursuit également sa modernisation à travers la mise en place d’une plateforme nationale numérique destinée à améliorer la gestion des quotas des agences de voyage. Grâce à ce système, l’attribution des quotas devient plus transparente et repose désormais sur le nombre réel de pèlerins inscrits par chaque agence.

Cette réforme a contribué à réduire les contestations et à professionnaliser davantage le secteur. « Nous sommes désormais dans l’anticipation et la digitalisation », a déclaré Dr Cissé.
Des contrôles médicaux plus stricts
Le volet sanitaire a également été renforcé cette année. Avant la délivrance du visa, chaque pèlerin doit obligatoirement subir une série de visites médicales dans des structures agréées. Les résultats sont ensuite examinés par une équipe médicale chargée de déterminer l’aptitude physique du candidat au pèlerinage.
Selon le Directeur Général de la Maison du Hadj, seuls les pèlerins déclarés aptes obtiennent une autorisation définitive de voyage.
Des tarifs maintenus malgré le contexte international
Concernant les coûts du pèlerinage, Dr Abdoul Fatah Cissé a indiqué que les tarifs du Hadj 2026 restent inchangés depuis 2023 malgré l’inflation mondiale. Les montants fixés sont: 4 166 425 FCFA pour la filière gouvernementale; 4 615 000 FCFA pour la filière privée.
Il a précisé que ces montants couvrent l’ensemble des prestations: hébergement; restauration; transport; visites médicales; déplacement entre les lieux saints; et autres services liés au séjour.
Formation, discipline et sensibilisation
La formation des pèlerins constitue également un axe majeur du dispositif mis en place cette année.
Depuis plusieurs mois, des séances de sensibilisation et de simulation appelées « pèlerinage blanc » sont organisées à la Maison du Hadj afin de familiariser les candidats avec: les rites religieux; les procédures administratives; les déplacements; les règles de sécurité; et les comportements à adopter sur les lieux saints.

Selon Dr Cissé, ces formations ont permis d’améliorer considérablement la discipline des pèlerins maliens, notamment en matière d’hygiène et de respect des consignes.
Un appel à la prière pour le Mali
En conclusion, le Directeur Général de la Maison du Hadj a lancé un appel aux pèlerins maliens afin qu’ils respectent strictement les consignes des autorités saoudiennes et de l’encadrement malien.
Il les a également exhortés à prier pour la paix, la stabilité et la cohésion sociale au Mali durant leur séjour dans les lieux saints de l’islam. « Le ministre des Affaires religieuses demande toujours aux pèlerins de consacrer beaucoup de prières au Mali, pour le retour de la paix et de la stabilité », a-t-il rappelé.
Le retour des pèlerins maliens est prévu entre le 2 et le 14 juin 2026, tandis que les préparatifs du Hadj 2027 devraient être lancés dès la fin de cette édition, conformément aux nouvelles orientations des autorités saoudiennes.
Nous y reviendrons sur l’intégralité de l’interview
Par Seyni T. Kassambara

