mercredi, 20 mai, 2026

Accès à l’eau en Afrique : une préoccupation majeure face aux inégalités persistantes

(LETTRE D’AFRIQUE) L’accès à l’eau potable demeure l’un des défis les plus pressants pour de nombreux pays africains. Malgré les progrès enregistrés au cours des dernières décennies, des déficits importants persistent en matière d’infrastructures, de services et de gouvernance. Selon les plus récentes enquêtes Afrobarometer menées dans 38 pays africains, l’eau figure parmi les principales préoccupations des citoyens, révélant l’ampleur des attentes envers les autorités publiques et les opérateurs du secteur.

Les résultats mettent en évidence une insatisfaction largement répandue : une majorité d’Africains estime que les performances de leur gouvernement en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement restent insuffisantes. Cette perception reflète non seulement les difficultés d’approvisionnement, mais aussi les inégalités persistantes entre milieux urbains et ruraux, ainsi qu’entre catégories sociales.

Des inégalités marquées entre zones rurales et urbaines

Les difficultés d’accès à l’eau sont particulièrement prononcées dans les zones rurales et parmi les populations économiquement défavorisées. Les habitants de ces régions dépendent davantage de sources alternatives telles que les forages et les puits tubulaires, tandis que l’eau courante reste concentrée dans les centres urbains et chez les ménages les plus aisés.

Les données montrent que 29 % des habitants des zones rurales déclarent manquer fréquemment d’eau, contre 21 % en milieu urbain. De plus, les systèmes d’adduction d’eau sont nettement moins répandus en zone rurale (33 %) qu’en zone urbaine (71 %). À l’inverse, les forages et puits tubulaires sont plus courants dans les campagnes (56 %) que dans les villes (35 %), illustrant une disparité structurelle dans les modes d’approvisionnement.

Les écarts sont également visibles selon le niveau de vie. Seuls 40 % des répondants les plus pauvres vivent dans des zones desservies par un système d’adduction d’eau, contre 77 % chez les plus aisés. À l’opposé, les populations les plus démunies sont plus nombreuses à dépendre des forages ou des puits tubulaires, confirmant le lien étroit entre pauvreté et vulnérabilité hydrique.

L’eau, une priorité politique pour les citoyens africains

À l’échelle continentale, l’approvisionnement en eau occupe la troisième place des problèmes que les Africains souhaitent voir traités par leurs gouvernements, derrière la santé et le chômage, et à égalité avec l’éducation, la hausse du coût de la vie et les infrastructures routières.

Cependant, les préoccupations varient fortement selon les pays. Plus de la moitié des Guinéens (57 %) considèrent l’eau comme l’un des problèmes majeurs de leur pays, tandis que cette question est beaucoup moins prioritaire dans d’autres États comme les Seychelles. L’eau constitue même la priorité absolue en Guinée, au Tchad, au Bénin et au Mozambique, soulignant l’ampleur des défis hydrauliques dans certaines régions.

Une satisfaction limitée vis-à-vis de l’action publique

L’évaluation des performances gouvernementales reste globalement faible. Seuls 39 % des citoyens interrogés estiment que leur gouvernement assure correctement les services d’eau et d’assainissement. Le niveau de satisfaction varie toutefois selon la situation économique : il atteint 60 % chez les répondants ne vivant pas dans la pauvreté, contre seulement 26 % chez les plus démunis.

Ces résultats mettent en évidence l’importance de renforcer les politiques publiques dans le secteur hydraulique, notamment en matière d’investissements, de maintenance des infrastructures et d’amélioration de la gouvernance. Ils soulignent également la nécessité d’une approche inclusive visant à réduire les disparités territoriales et sociales.

Afrobarometer, un baromètre de la gouvernance et de la qualité de vie

Afrobarometer est un réseau panafricain et non partisan spécialisé dans les enquêtes d’opinion. Depuis 1999, dix rounds d’enquêtes ont été réalisés dans un maximum de 45 pays. Le Round 10, conduit en 2024-2025, couvre 38 pays africains. Les entretiens sont menés en face à face dans la langue choisie par les répondants, garantissant une représentativité nationale avec une marge d’erreur comprise entre ±2 et ±3 points à un niveau de confiance de 95 %.

Au regard de ces conclusions, l’accès à l’eau apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique pour le développement du continent. Au-delà des infrastructures, la question renvoie à la justice sociale, à la santé publique et à la résilience face aux changements climatiques. Pour de nombreux Africains, l’eau n’est plus seulement une ressource, mais un indicateur clé de l’efficacité des politiques publiques et de l’équité territoriale.

Premium

Affaire Al Arabiya: le Mali dénonce une atteinte à sa souveraineté et interpelle l’Arabie Saoudite

Le Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération...

Pétrole et géopolitique: le retour du Venezuela face aux chocs d’approvisionnement mondiaux

(LETTRE D’AFRIQUE) La recomposition actuelle du marché pétrolier mondial,...

Technologie et société: la bataille de la durabilité des smartphones relancée par la réforme européenne sur les batteries

 (LETTRE D’AFRIQUE) Le téléphone mobile s’est imposé comme l’un...

Affaire Youssouf Sissoko: la MP entre défense corporative, prudence stratégique et appel à la responsabilité

(LETTRE D’AFRIQUE) Dans une intervention solennelle prononcée à l’occasion...

Secteurs

La Commission d’unification et de réconciliation des chasseurs du Mali reçue par le ministre Mamou Daffé

La Commission d’unification et de réconciliation des chasseurs (Donso)...

Hadj 2026: les pèlerins maliens en immersion dans les hauts lieux historiques de l’islam à Médine

Les pèlerins maliens de la filière gouvernementale poursuivent leur...

Articles connexes

Catégories populaires