Le rapport 2024 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE-Mali), s’appuyant sur les données de la Direction nationale de la Géologie et des Mines (DNGM), met en lumière l’immense richesse du sous-sol malien. Au-delà de l’or, qui demeure le principal moteur du secteur extractif national, le pays dispose d’importantes réserves de minerais stratégiques et industriels susceptibles de soutenir la diversification de son économie et de renforcer son attractivité auprès des investisseurs.
L’analyse des données révèle une répartition géographique relativement équilibrée des ressources minières sur l’ensemble du territoire national, avec une concentration notable dans les régions de Kayes, Sikasso, Kidal, Gao et Taoudénit.
L’or demeure la ressource la plus emblématique du Mali avec des réserves estimées à environ 2 000 tonnes réparties entre les régions de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Kidal. Cette richesse continue de placer le Mali parmi les principaux producteurs aurifères du continent africain et constitue l’un des piliers des recettes d’exportation du pays.
Parmi les ressources industrielles, le calcaire occupe une place de choix avec des réserves évaluées à 40 millions de tonnes dans les zones de Bafoulabé et de Hombori. Cette ressource représente un atout majeur pour le développement de l’industrie cimentière nationale et des infrastructures de construction.
Les schistes bitumineux figurent également parmi les ressources les plus abondantes du pays. Les réserves sont estimées à près de 10 milliards de tonnes dans la zone d’Agamor, offrant des perspectives importantes pour le développement énergétique à long terme.
Le minerai de fer constitue une autre richesse stratégique avec des réserves évaluées à 2 milliards de tonnes localisées notamment dans les régions de Kayes, Diamou et Bamako. Ces gisements pourraient jouer un rôle déterminant dans le développement futur d’une industrie sidérurgique nationale.
La bauxite, matière première essentielle à la production de l’aluminium, présente des réserves estimées à 1,2 milliard de tonnes dans la région de Kayes et à l’ouest de Bamako. Ce potentiel place le Mali parmi les pays disposant d’importantes ressources en minerais industriels en Afrique de l’Ouest.
Le sous-sol malien recèle également près de 130 millions de tonnes de lithium dans les régions de Sikasso et de Kayes. Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et l’essor des véhicules électriques, ce minerai critique suscite un intérêt croissant des investisseurs internationaux.
Les réserves de marbre sont estimées à 60 millions de tonnes dans les régions de Kayes et de Koulikoro, tandis que les phosphates atteignent environ 20 millions de tonnes dans la vallée du Tilemsi. Ces ressources offrent des opportunités de développement dans les secteurs de la construction et de l’agriculture.
Le rapport fait également état de réserves de manganèse évaluées à 10 millions de tonnes dans les zones d’Ansongo et de Kolokani. Le plomb-zinc représente quant à lui environ 1,7 million de tonnes réparties entre Kayes, Kidal, Bougouni et Sikasso.
Concernant les ressources évaporitiques, le sel gemme affiche des réserves importantes de 53 millions de tonnes dans la région de Taoudénit, confirmant le potentiel économique historique de cette zone saharienne.
Les réserves de gypse sont estimées à 450 000 tonnes dans les régions de Kidal et Tombouctou. L’uranium, minerai stratégique à l’échelle internationale, est évalué à 11 000 tonnes dans les régions de Kayes, Gao et Kidal.
Enfin, le diamant demeure présent dans le potentiel minier national avec des réserves estimées à 2 359 331 carats dans les zones de Kéniéba, Yanfolila et Kangaba.
Toutefois, le rapport souligne l’absence d’indices significatifs concernant le cuivre dans les zones prospectées de Nioro, Gao et Kidal. Cette situation contraste avec l’importance croissante de ce minerai sur les marchés mondiaux, notamment dans les technologies liées à la transition énergétique.
Une diversification minière en marche
L’analyse globale de ces données met en évidence une évolution majeure du secteur extractif malien. Si l’or reste la principale richesse exploitée, les importantes réserves de lithium, de fer, de bauxite, de phosphates et de schistes bitumineux ouvrent la voie à une diversification progressive de l’activité minière.
Dans un contexte marqué par la réforme du Code minier et la volonté des autorités de renforcer la transformation locale des ressources, ces réserves constituent un levier stratégique pour l’industrialisation du pays, la création d’emplois et l’augmentation des recettes publiques.
Le défi pour le Mali réside désormais dans la valorisation durable de ce potentiel géologique exceptionnel à travers des investissements structurants, le développement du contenu local et le renforcement de la gouvernance du secteur extractif afin que ces richesses profitent davantage à l’économie nationale et aux populations.
Par Seyni T. KASSAMBARA



